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souvenirs maritimes

souvenirs maritimes

vie d'un marin

Extrait de "Un Corse en mer".

…...Début janvier, premiers essais à la mer. Pour les anciens de l’Astrée c’est notre première plongée depuis l’accident. Nous sommes tous tendus comme des cordes de violon ! R… ne décroche pas les mains des commandes de chasse aux ballasts pendant tout son quart. J’avoue avoir les jetons et suis très nerveux au PC radio. D’autant plus que nous savons parfaitement qu’à la première plongée après un grand carénage à Toulon, il y a toujours des problèmes dus au manque de conscience professionnelle de certains ouvriers. Nous disions, à l’époque, qu’au lieu d’avoir un équipage marine pour plonger après carénage, il faudrait faire embarquer tous les ouvriers ayant travaillé à bord. Cela les inciterait, peut-être, à un peu plus de rigueur dans le travail. Naturellement, il y a des tas de choses qui ne vont pas. Des presse-étoupe de câbles mal serrés, occasionnant des fuites à deux cents mètres, des circuits hydrauliques mal montés, etc. À chaque fois, retour au chantier pour réparations. En janvier, nous n’arrivons à faire que treize heures de plongée. Enfin, fin janvier, c’est à peu près correct et nous pouvons entrer dans le cycle d’entraînement de l’équipage. Pendant deux mois, le temps va être épouvantable. Mistral noir, froid, neige. Le mistral ne s’arrête pas pendant quarante-cinq jours confirmant ainsi le dicton populaire « le mistral dure trois, six, neuf ou quarante-cinq jours ! ». Les appareillages dans un froid sibérien, avec des postes de manœuvre sur des ponts glissants, sachant, en plus, que dès la sortie de la rade ce sera la danse de saint-guy avec mal de mer à la clef. Le quart comme veilleur dans la baignoire, qui mérite absolument son nom, est véritablement un supplice, aucun vêtement ne permet de rester sec et de ne pas avoir froid. Et encore, nous les veilleurs sommes relevés toutes les trente minutes, tandis que l’officier de quart reste quatre heures à l’extérieur. Nous sommes obligés de rester en surface entre deux exercices et de naviguer avec le panneau supérieur fermé (pourtant à six mètres au-dessus de l’eau et protégé par le carénage de la baignoire) pour éviter que l’eau n’entre dans le central, c’est littéralement l’enfer. Il y a des fois où, il fait tellement mauvais, qu’il faut assurer la vieille optique au périscope car les veilleurs et l’officier de quart dans la baignoire ne voient absolument rien ! Comment notre cuisinier, qui travaille dans des conditions défiant l’imagination, arrive-t-il à nous concocter une omelette norvégienne par exemple ? Les couchettes sont vraiment inconfortables. Pour dormir dans les couchettes supérieures du poste avant, il faut soit s’allonger sur le dos, soit sur le ventre, car des tuyaux d’huile passent au-dessus et l’espace entre eux et le corps allongé est vraiment riquiqui. Nous avons ces tuyaux à la hauteur du ventre.

            Je conseille vivement aux lecteurs, qui passent par Paris, de faire un tour à la Cité des Sciences, à la Villette, afin de visiter l’Argonaute et s’imaginer un sous-marin comme celui-là en surface en Méditerranée en hiver. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, la Méditerranée n’est pas toujours le beau lac bleu des prospectus publicitaires. Quand elle se met en colère, c’est même un véritable chaudron de sorcière qui casse un bateau en deux coups de cuillère à pot !.....

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