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souvenirs maritimes

souvenirs maritimes

vie d'un marin

extrait du prochain bouquin

Un horrible drame a été évité de peu le jeudi 30 novembre 1972.

Rappelons brièvement les faits.

Le bâtiment glissait silencieusement dans les profondeurs abyssales d’un quelconque océan de notre magnifique planète bleue (ça c’est une phrase qui mérite au moins trois points au classement des auteurs). Tous senseurs en action, l’équipage était à l’affût, prêt à tout, et, surtout, guettant le fameux calamar qui empêche les sous-mariniers nucléaires de dormir.

Soudain un fumet, léger autant que délicat, se répandit subrepticement dans l’atmosphère surchauffée. D’aucuns se dirent : « tiens, le cuistot est encore en train de nous mijoter une bonne petite sauce ! ». Il faut reconnaître que le menu « au hasard » que nous avions eu ce midi-là n’était pas piqué des vers et valait trois couverts à l’aise et décontracté. Mais de là à croire que c’est tous les jours fête ! Il ne s’agit pas de plaisanter, diantre donc !

Le fameux fumet devenant fumée de plus en plus envahissante, quelqu’un émis l’idée fumante qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Ce qui, entre nous et un quart de vin de précision, objectivement parlant, relève d’une logique on ne peut plus cartésienne.

Fort de cette constatation, un déploiement de force, raisonné et logique, s’organisa aussitôt (cf. manœuvre de la légion romaine dans Astérix !).

Cela ne nécessita pas moins que le déplacement de :

- un cuisinier (si on voulait le récupérer en état de servir encore quelque temps, il valait mieux faire fissa)

- un Chef d’Organisation Sécurité

- un Conseiller Technique Principal d’Organisation Sécurité

- un Pharmacien Chimiste Principal bardé de petits machins pour prélèvement because la pollution (comme disait l’autre, polluons, polluons, il en restera toujours quelque chose)

- un secouriste diplômé de first classe

- un Officier de Détail (toujours soucieux de celui-ci, il aimerait bien changer son titre en celui de, beaucoup plus pompeux, d’Officier Chargé de l’Environnement, ce qui lui donnerait une dimension nouvelle !)

- un officier curieux.

Naturellement, il y avait aussi une équipe sécurité. Elle aurait bien aimé aller éteindre ces modestes flammèches, mais hélas quand elle réussit enfin à fendre la foule afin de s’approcher du lieu du sinistre, celui-ci venait tout bonnement de s’éteindre par étouffement. Néanmoins, conscients de la mission qui leur est impartie, nos vaillants soldats du feu percutèrent sans l’ombre d’une hésitation, et à tout hasard, deux extincteurs à CO2, prouvant ainsi que la charge du maître sécuritard est bien tenue. Naturellement des mauvaises langues ont fait remarquer que si on avait attendu un peu au lieu de se précipiter pour faire un exercice incendie dans l’après-midi cela aurait été beaucoup plus profitable.

Malgré tout je m’insurge et proteste vivement.

Nous savons, en effet, que le CO2 n’est pas auto dégradable, qu’il peut se condenser sous forme d’une mousse rappelant vaguement de la lessive, que c’est un machin vachement dégueulasse même parfumé au jasmin, et que je suis toujours en train de me demander avec quoi le cuistot a bien pu faire cette espèce de sauce blanchâtre, au goût si curieux, que nous avons eu avec les patates le soir même.

 

 

 

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